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Plus jamais jtomberai amoureuse

La première fois que je l'ai vu l'automne dernier, je l'ai tout de suite trouvé charmant. Charmant mais vieux. Vieux et con. Il a essayé de m'attaquer. Je lui ai dit pas moyen. Que je venais de me faire plaquer. Que j'étais triste. Que je voulais récupérer mon gars. Que j'y arriverai. Parce que m'essayer c'était m'adopter. Elo elle a du faire un petit commentaire genre Ju elle est trop chou. Lui il m'a dit que c'était rare qu'une femme ose dire qu'elle voulait récupérer son ex qui l'avait plaquée. Moi je vois pas le problème. Moi je suis jeune. Je les emmerde avec leurs conventions.

Je l'ai souvent recroisé. Normal, avec ma copine, on s'est tapé à peu près tous ses potes. Lui non. Trop lover. A des kilomètres on le voit avec sa mèche gominée, son pare-dessus élégant et son regard de killer. Il t'envoûte avec son parfum. Il te rend unique. C'est dangereux. J'aime pas jouer avec le feu.

Un jour pourtant j'ai fini par céder. A force d'arguments pas si fallacieux. Un baiser du bout des lèvres. Le soir où j'ai appris que le catch c'était pour faire semblant. Il m'a ramenée chez lui. Il a essayé de me sauter. Je suis partie. Il m'a dit que c'était fini. Je me suis bénie. Pour une fois que je faisais un truc intelligent. Que je cernais quelqu'un. J'étais contente que ce soit un salaud.

...

Après je me suis mise à la détester. Voire à le tailler. Lui il a dû se mordre les doigts de m'avoir laissée filer parce qu'il a continué. Il s'est entêté. Je lui ai dit qu'il m'a eue une fois, qu'il m'a pas voulu, qu'il m'aura plus. Lui il a dit à ses copains que j'avais des petits seins et que j'étais une sainte-nitouche, une allumeuse, une petite gamine vénale.

Et puis un jour, pour le départ de F. , on a parlé. C'était sans doûte la première fois. On a parlé politique entre autres. A chaque fois que je parle politique, ça fait un effet boeuf. Il avait changé. Il se la ramenait plus avec sa mèche à deux balles et son pare-dessus élégant. Je suis obstinée.

Et puis un jour, que j'étais venue voir J., on a rigolé. C'était sans doûte la première fois. On a parlé du camping entre autres. Son cousin m'a fait fumer un joint. Je lui ai dit tout ce que je pensais de lui. Qu'il nous prenait pour des petites filles écervelées. Mais en plus sexuel que ses potes. Qu'il disait jamais rien sur lui. Qu'il avait dû souffrir alors. Il a vu que j'étais une fille malheureuse. Malheureuse avant d'être une gamine vénale. Et que je connaissais mieux que lui la peinture. Il s'est mis à genou devant moi. Il m'a dit de ces choses qu'on dit que quand on est complètement ravagé et que les barrières tombent.

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A partir de ce moment là, les choses ont radicalement changé entre nous. A chaque fois que je suis retournée là-bas, c'était dans l'espoir de le croiser. A chaque fois qu'il était tout seul accoudé au bar à broyer du noir et qu'il me voyait, il s'illuminait. On a commencé à discuter. Petit à petit. Pour pas le brusquer.

Obtenir quelque chose de ce type, c'est comme faire tomber la carapace de Papa.

C'est devenu mon défi. Mon but. Me prouver à moi, lui prouver à lui, prouver aux autres, que si tout le monde savait se confier au lieu de se cacher derrière un sourire artificiel et des vilaines actions, les choses iraient beaucoup mieux et qu'on serait tous heureux.

J'ai fini par construire sa vie, à force d'indices. J'ai mis un visage sur les années qui nous séparaient. Son enfance stricte dans une famille bourgeoise, son adolescence sage, ses études et celle qu'il a dû tant aimer - et qui lui a brisé le coeur - les choix délicats qu'il a dû faire, l'alcool/les filles/le service, les problèmes. J'ai cherché à le provoquer. A l'énerver. A lui montrer que je l'avais compris.

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Lorsqu'il m'a invitée chez ses parents cet été et qu'il m'a donné son code de carte bleue, j'ai compris qu'il m'appréciait vraiment. Que ça y est.

J'avais réussi. J'avais fait tomber la carapace de ce type. A défaut de faire tomber celle de Papa.

Les choses se sont instaurées naturellement.
Je ne sais pas ce que je veux.
Il ne sait pas ce qu'il veut.
Je ne sais pas ce qui m'attends.
Je sais juste que le croiser c'est toujours un petit bonheur.
Tout le bonheur qu'il mérite (je crois ?) pour la suite.

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Hier il a fêté ses 30 ans. Je me suis pointée avec un distributeur d'alcool. Ca me semblait logique. Et avec une petite citation de Réné Char. La liberté repose dans le coeur de celui qui l'a voulue, l'a rêvée, l'a obtenue contre le crime. Il est venu me voir. Il m'a dit que j'étais incroyablement naïve mais pourtant si fataliste. Il m'a dit que même si j'avais 10 ans de moins que lui, j'avais compris certaines choses qu'aucun de ses amis ne comprendront jamais. Il m'a fait chialer le con. Enfin discrètement bien sûr. Juste assez pour le toucher. A quel point ?

...

Il m'a secouée. Il m'a demandé.
"- Julie, tu m'aimes ?
- Plutôt creuver."

...

Elisa - Serge Gainsbourg


# Posté le vendredi 07 septembre 2007 12:49

Modifié le samedi 15 septembre 2007 19:12

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